Johnny Karel Arnold GONDA,
Doctorant à l’Université Cheikh Anta DIOP en droit constitutionnel avec une
thèse ayant pour titre » la problématique de limitation des mandats
présidentiels ». Il a bien voulu recevoir l’Hirondelle pour nous faire
part de sa lecture des évènements tragiques survenus à Bangui, sur la faillite
des partis politiques de RCA et sur les
pistes de solution pour accéder à une paix durable.
L’Hirondelle (LHRD) : On
vient d’assassiner lâchement l’Abbé TOUNGOUMALE BABA à l’Eglise Notre Dame de
Fatima. Quel est votre sentiment ?
Johnny GONDA (JG) : C’est un mauvais signal qui montre un
autre visage de la République centrafricaine mais pas le visage que l’on
attendait. Tuer un leader religieux c’est un acte lâche et hautement criminel
que nous pouvons assimiler à un acte génocidaire. En effet à travers l’Abbé
c’est la communauté chrétienne qui est clairement visée. Cet acte ignoble a été
posé dans le but de diviser la communauté nationale toute entière et nous
sommes confrontés à une minorité qui refuse la paix. Nous ignorons pourquoi ils
persistent dans leurs exactions et pourtant ils sont minoritaires. Nous
exhortons la communauté internationale qui s’est donné dans ses objectifs
principaux d’assurer la protection des minorités, d’interpeller la communauté
musulmane de Centrafrique en l’occurrence leurs leaders religieux et tous ceux
qui s’autoproclament leaders de la communauté musulmane de RCA de rappeler
leurs brebis galeuses à l’ordre et à la raison. Et ce en vue de la cohésion
sociale et une paix durable.
LHRD : Le Président TOUADERA
a déclaré il y a peu que la main tendue sera bientôt retirée. Qu’en
pensez-vous ?
JG : C’est une parole de sagesse. Car l’homme sage a pour
caractère principal la douceur et quand
il décide de sanctionner, il doit sanctionner et sévèrement. Nous demandons
avec insistance à tout Centrafricain qui constitue un obstacle à la paix et à
la cohésion sociale, de se retenir et de mettre un terme à ces exactions. Cette
mentalité criminelle et de trouble à l’ordre public ne saurait prospérer. Tout
ceci ne peut concourir à un changement positif pour le pays. Juridiquement la notion d’autodéfense tire son
origine à partir du concept de fonctionnaire de fait. Ce qui justifie l’absence
de l’autorité légitime en circonstances exceptionnelles. A cet effet, il y a eu
l’élection d’un Président de la République entérinée d’un retour à l’ordre
constitutionnel enfin appuyé par la présence des forces onusiennes. De fait
qu’est ce qui peut légitimer l’existence de quelconque autodéfense en présence
de ces puissances et forces légitimes en présence ?
LHRD : Un élément du contingent
gabonais de la Minusca a été appréhendé il y a peu en train de vouloir
approvisionner les éléments à problème du Km5 en munitions. Cela ne remet-il
pas en cause le rôle de la MINUSCA en Centrafrique ?
JG : Ce délinquant gabonais ne méritait pas d’être rapatrié.
Il faut que la Cour Pénale Spéciale le juge et nous aurions dû le garder en
instance à Bangui. Cela soulève la question de savoir si la RCA peut vraiment
compter sur la MINUSCA pour la résolution de la crise. Je considère que la
MINUSCA refuse de faire le travail pour lequel on l’a envoyé ici.
Logistiquement la MINUSCA dispose de matériels militaires très sophistiqués
pour résoudre le problème centrafricain. 12000 éléments de la MINUSCA face à
6000 rebelles. Une question de volonté dès lors se pose. Et cette question
mérite d’être débattue sérieusement.
LHRD : Le ministre russe des
affaires étrangères, Sergueï LAVROV a déclaré il y a peu que si la MINUSCA
refuse de remplir sa mission en RCA, la Russie le fera à sa place et en
assumera toutes les conséquences. Qu’en dites-vous ?
JG : Une telle déclaration ne peut être justifiée que par le
souci de la coopération et l’harmonie des acteurs de la politique
internationale. Je tiens à vous préciser que la Russie ne fait pas partie de la
communauté internationale. La communauté internationale ce sont les Etats-Unis,
le Royaume Uni, la France et l’Union européenne. La Russie c’est la puissance
qui permet un rééquilibrage du monde. La Fédération de Russie permet de
rechercher in fine l’équilibre du monde, un monde juste et vrai. Si la
République centrafricaine rentre dans une coopération avec la Russie c’est que
nos autorités ont estimé que cela serait profitable à notre pays. Il faut
manifester notre réelle volonté de coopérer avec ce pays. Par conséquent le
Président TOUADERA doit être clair avec les Russes ce qui permettra ensuite au
peuple centrafricain d’adhérer ou pas à sa démarche intellectuelle.
LHRD : Une bonne partie des
hommes politiques centrafricains ie l’élite de ce pays, ne voit pas d’un bon
œil le rapprochement de la RCA avec la Russie. A quoi est dû ce
phénomène ?
JG : Cette pseudo élite centrafricaine doit justifier les
raisons de ce sentiment anti-russe par des arguments tangibles. Je ne vois que
simagrées et gesticulations de la part de certains présidents de partis politiques
qui au mieux critiquent mais au final ne proposent rien pour nous sortir du
gouffre. Ces présidents de partis brillent par leur vacuité intellectuelle.
C’est à cause de leur cécité que la RCA en est arrivée là. Nous devons soutenir
nos autorités dans leur démarche de résolution de la crise. Ces autorités qui
devront rendre compte au peuple devant l’Assemblée nationale et aux prochaines
échéances présidentielles en 2021.
LHRD : Pensez-vous qu’il
faille liquider Noureddine ADAM, Abdoulaye HISSENE, Ali DARAS et leurs
amis ?
JG : On ne peut pas répondre clairement à cette question. Si
les intéressés sont réellement centrafricains. Qu’ils tournent les yeux et
regardent vers la Centrafrique. S’ils ont des parents en RCA, ils devraient
comprendre que le pays a besoin de paix pour tous les Centrafricains y compris
leurs parents. Maintenant si dans la recherche de la paix, il s’avère
nécessaire de liquider ces individus hautement nuisibles, alors les autorités
ont toute la latitude de le faire. L’ancien Président angolais Dos Santos avait
éliminé Savimbi, chef de l’UNITA pour obtenir la paix dans son pays. Cet
exemple peut être inspirant pour la RCA.
LHRD : Que pensez-vous de la
contribution de la diaspora centrafricaine dans la résolution de la
crise ?
JG : Cette diaspora qui se croit le leader de la Jeunesse,
consciente pour l’avenir de la République centrafricaine, ne l’est pas. Quand
on observe la diaspora centrafricaine,
on voit un panneau de signalisation de désespoir. Ce sont des gens qui
veulent faire la politique mais n’ont
toujours pas compris que la politique c’est le savoir-faire. C’est une
conception démodée que de penser que la politique c’est l’art de parler. La
conception moderne de la politique c’est le savoir-faire. Je m’explique. La
politique est orientée fondamentalement dans la résolution des problèmes de
société. Et les discours seuls ne peuvent pas résoudre ces problématiques. Il
faut ipso facto concrétiser ces discours en actes. En un mot il faut entrer
dans l’action. Ces actes doivent être des actes visant la sécurité. La
politique c’est le savoir-faire sécuritaire au niveau politique, économique,
social et financier. Nous avons besoin de gens qui maîtrisent le savoir-faire
sécuritaire. Ce qui pourra être salvateur pour notre pays. Nous n’avons pas
besoin d’éloquence ou d’orateurs mais de faits concrets susceptibles de changer
en profondeur la RCA.
LHRD : Pouvez-vous nous
parler de vos travaux de thèse ?
JG : J’ai eu l’inspiration pour ma thèse suite à l’élection du
Président TOUADERA à la Magistrature suprême. Je considérais cette élection
comme un aéroport de la démocratie, celui de l’alternance politique en Afrique
centrale.Le mal de notre continent c’est l’hypertrophie du pouvoir présidentiel
et l’accaparement de ce même pouvoir par les Présidents de la sous-région.
Cette thèse était pour moi l’occasion de réfléchir sur la capacité de la
République centrafricaine à s’imposer comme un paradigme inspirant d’alternance
démocratique vis-à-vis de nos voisins de la sous-région. Et ceci pourra
également inspirer le Président TOUADERA à ne pas briguer plus de deux mandats.
Ce qui in fine fera de l’alternance politique une réalité en Centrafrique.
Interview réalisée par Isabelle KESSEL
SOURCE LE JOURNAL "L'HIRONDELLE"

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