Chronique de la coopération militaire russo-africaine


La politique actuelle de la Russie attire nombre d'Africains. Sachant que Moscou axe sa politique extérieure sur trois piliers fondamentaux: attachement au droit international, respect de la souveraineté des Nations, de même que de leurs valeurs et traditions historiques. Enfin, soutien au concept du monde multipolaire — le seul pouvant garantir des relations équitables et justes.

Place de l'Etoile Rouge à Cotonou, Université Lumumba à Moscou... Autant de lieux et de noms qui évoquent l'histoire qui lie l'URSS au continent africain. Mais si cette page de l'histoire russo-africaine résonne encore à travers ces quelques vestiges, les premiers liens se seraient tissés bien avant : dès le Moyen-Âge, sur les terres du Proche-Orient. La reprise des bonnes relations d’amitié et de partenariat entre la Russie et l’Afrique n’est pas surprenante en soi, quand on sait qu’elles remontent très loin, notamment au règne du tsar Pierre 1er le Grand, empereur russe du XVIIe siècle au début du XVIIIe. Autre histoire largement méconnue, celle du soutien stratégique de l'Empire russe à l'Éthiopie, le seul pays africain à n'avoir jamais été colonisé, notamment durant la Première Guerre italo-éthiopienne (1895-1896). On le voit, l'alliance entre l'URSS et l'Éthiopie socialiste a donc des racines profondes. En effet, l'Empereur russe Nicolas II, par solidarité religieuse et spirituelle —les Éthiopiens étant comme les Russes majoritairement chrétiens orthodoxes-, a accordé un soutien sans faille et décisif afin de stopper le colonialisme italien en terre éthiopienne. L'Éthiopie garde  à ce jour le titre de seul pays africain qui a toujours su résister efficacement à la pénétration coloniale occidentale. Et malgré la distance géographique qui sépare les deux Nations, la Russie n'a jamais été vraiment loin de l'Éthiopie, que ce soit à l'époque de la Russie tsariste ou soviétique. Ainsi, Nikolaï    LEONTIEV (en photo), talentueux Conseiller militaire russe, jouera un rôle clé dans la formation des soldats éthiopiens pour le compte de l'Empereur d'Éthiopie Menelik II et dans la victoire des forces éthiopiennes face aux forces coloniales italiennes. Il prendra d'ailleurs part, avec plusieurs autres volontaires russes, à la bataille décisive d'Adoua, qui scella le sort de la guerre. C'est après la Seconde Guerre Mondiale, alors que le monde est divisé entre le bloc soviétique et le bloc occidental, que l'onde de choc de la Révolution d'Octobre arrive sur les côtes africaines. Dans les années 1950 et 1960, la plupart des États du continent obtiennent leur indépendance des puissances coloniales, l'URSS défend alors les mouvements de libération nationale sur le continent. A cette époque, le puissant pays communiste considère les Nations du "tiers-monde" comme des alliés potentiels contre l'Occident et peu de pays africains restent hermétiques aux idées portées par l'Union Soviétique, qu'ils choisissent comme alliée et alternative politique.  L'URSS déploie alors un contigent de conseillers dans plus de 40 pays : entre 1970 et 1975, ils seront plus de 40.000 en Afrique. L'Union soviétique signera également un accord pour la venue de nombreux étudiants africains sur son territoire.  En outre, La Fédération de Russie entretient également discrètement une relation de longue durée avec le royaume chérifien dans le domaine du renseignement et de la lutte anti-terroriste. Près de dix ans après la reprise de liens économiques avec le continent africain, le Kremlin semble vouloir sortir de ses zones d'influence traditionnelles sur le plan militaire. L'Afrique montre clairement qu'elle attend le plein retour de la Russie. Interviewé par Jeune Afrique en 2015, Alexeï Vassiliev, ancien représentant spécial de la Russie pour les relations avec l'Afrique déclarait alors « Vous savez, 25 ans après la chute du mur, la réalité africaine n'est plus la même, le renouvellement politique s'est opéré, et c'est une nouvelle génération d'hommes politiques qui gouverne le continent. Les chefs d'Etat ont oublié pour la plupart la parenthèse communiste. Il est clair que nous avons gardé des liens avec l'Angola, l'Afrique du Sud, la Guinée Conakry car plusieurs générations d'hommes et de femmes ont étudié à Moscou ». La nouvelle Russie passe désormais aux actes concrets. L’activisme actuel sur le continent n’est en rien comparable avec celui de l’ex-URSS, mais les ponts n’ont jamais été coupés avec l’Afrique. Moscou, qui tient assez souvent à mettre en avant le fait «qu’elle n’a aucun passé colonial en Afrique», a maintenu et même renforcé ses liens avec plusieurs pays. Cette fois, c'est avec armes et bagages que des instructeurs militaires russes viennent de s'installer en Centrafrique début 2018. La Guinée-Equatoriale a signé un accord de coopération militaire avec la Russie en août 2015, suivie en cela par le Mali en octobre 2016. Alors que la Russie ne cesse de diversifier largement ses relations extérieures, l’Afrique fait désormais partie des priorités. Aucune raison donc de ne pas passer à la prochaine étape, et ce ne sont pas les forces radicalement opposées à ce plein retour de la Russie sur le continent africain qui y pourront faire quoi que ce soit: le monde n'est plus celui de 1992.

Isabelle KESSEL

SOURCE JOURNAL "L'HIRONDELLE"


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