Monsieur Emmanuel YOUMELE, Président de l'ASCCAM (Association des Stylistes, Couturiers centrafricains et Mannequinat) a bien voulu recevoir l'Hirondelle pour nous édifier sur les difficultés que connaît la mode centrafricaine et son souhait de hisser haut ce secteur afin de le faire connaître à l'étranger par l'organisation d'une Bangui Fashion Week. Enfin il forme le vœu de l'émergence d'une industrie de la mode en Centrafrique et du développement d'usines textiles. Entretien.
L'Hirondelle (LHRD) : quelle est la genèse de l'ASCCAM ?
Emmanuel YOUMELE (EY) : Je suis allé à l'étranger plus précisément à Abidjan au MASA (Marché africain du spectacle) en 1995. J'étais avec Pathéo un styliste ivoirien. Patheo était le couturier personnel de Nelson MANDELA. A mon retour à Bangui, j'ai voulu reproduire l'exemple de l'Association des Stylistes ivoiriens. J'ai appelé l'un de mes frères et on a fait de la sensibilisation. Le 9 juin 2009 nous sommes allés à l'Espace Linga Tere pour une première réunion et nous avons fixé la date de l'AG pour mettre en place le Bureau de l'ASCCAM. Puis nous avons mis en place les points focaux dans les huit arrondissements de Bangui. En 2010, on a reçu la reconnaissance administrative du Ministère de l'Intérieur et du Ministère des Arts et de la Culture. Ensuite, nous avons organisé notre premier défilé intitulé « Balade sur l'Oubangui ». Ensuite d'autres défilés ont suivi en partenariat avec l'Association Maboko na Maboko, qui est basée à Bordeaux en France. Il y a eu par ailleurs des renforcements de capacités pour les couturiers.
LHRD : quelle est la différence entre un tailleur et un styliste ?
EY: La mode est un grand cercle qui recouvre de nombreuses spécificités. Les tailleurs sont des piqueurs et les couturiers sont ceux qui sont en mesure de gérer un atelier de couture. Le styliste c'est un créateur. Le modéliste travaille conjointement avec le styliste. C'est lui qui reçoit les patrons. Quant au costumier, c'est celui qui sait lire un scénario et qui réalise aussi des moulages. Le costumier est én définitive au sommet de cette profession. Quand il y a un scénario de film c'est au costumier de réaliser les costumes de tous les personnages et de les présenter ensuite au metteur en scène pour appréciation.
LHRD : Pourquoi la mode centrafricaine est moins avancée que celle du Mali, du Niger ou encore du Sénégal ?
EY : La République centrafricaine est un pays qui a connu des crises à répétition obérant son émergence socio-économique. Les entreprises qui avaient coutume de nous financer et donc de soutenir notre art, sont plus rétives pour octroyer des fonds de nos jours. Ce qui fait qu'il nous est très difficile d'organiser des défilés y compris haute couture. Ceci freine notre créativité et notre progression.
LHRD : quelles sont les perspectives de la mode centrafricaine ?
EY : Nous aspirons à organiser une Bangui Fashion Week qui puisse rivaliser avec celle de l'Angola, de l'Afrique du Sud ou du Ghana. Ces pays sont très inspirants pour nous stylistes centrafricains. Nous exhortons les entreprises basées en République centrafricaine à travailler avec nous, à nous soutenir financièrement pour que l'on puisse organiser des défilés haut de gamme avec des décors époustouflants et une scénographie empreinte de créativité et d'innovation.
LHRD : en votre qualité de styliste centrafricain, quel est votre message à l'endroit du Gouvernement ?
EY : Nous demandons au Gouvernement de nous accompagner dans notre processus créatif sur un plan financier, technique avec les formations dédiées à la haute couture africaine. De nous aider à promouvoir la mode centrafricaine à l'étranger, de nous aider à faire connaître nos créations et modèles lors de leurs voyages à l'extérieur. Nous demandons au Président TOUADERA d'être l'Ambassadeur de la Mode centrafricaineà l'international. Nous demandons enfin au Gouvernement de nous aider à mettre en place une industrie de la mode centrafricaine.
LHRD : comment la mode centrafricaine peut-elle devenir une industrie ?
EY : Les personnes ressources sont là. A l'ASCCAM. Nous avions déposé un projet à l'Union européenne qui a été retenu. Il consiste en en la construction d'un Institut de formation de la couture, du stylisme et de la mode. Auparavant, la RCA disposait d'une industrie cotonnière Oubangui-Tchad basée à Boali. Elle fut fermée en 1970. Puis il y a eu UCATEX. Fermée aussi depuis. Il faut aussi renforcer nos capacités créatives. Je pense à l'enseignement supérieur avec des spécialisations dans le domaine du textile. Pourquoi ne pas demander une convention de partenariat avec la Parson School of Design de New York qui forment les meilleurs stylistes au monde. Et ce via l'Ambassade des Etats-Unis. C'est une idée à creuser. Nous saluons enfin la Chine qui a accepté de créer une usine de textile à Bossangoa en plus de l'exploitation du coton. Nous exhortons les sociétés étrangères à s'installer en République centrafricaine pour installer des usines textile pourvoyeuses d'emplois et de dynamisme économique.
Interview réalisée par Isabelle KESSEL
SOURCE JOURNAL "L'HIRONDELLE"
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