Les Chefs traditionnels sont des Messagers de Paix pour la RCA


Les Chefs traditionnels sont de grands messagers de paix pour un pays comme la République centrafricaine  qui vient de sortir de la crise. Afin d’éviter qu’il y ait des conflits de compétences entre les Chefs modernes et les Chefs traditionnels, il faut créer un cadre juridique approprié. C’est pourquoi il y a peu le Ministère en charge de l’Administration du Territoire a soumis à l’étude cette question devant être déclinée plus tard en textes juridiques.Nous avons rencontré Monsieur David SOGBO-ANGO, DG de la Décentralisation et du Développement local pour en savoir plus sur ce concept qu’est la Chefferie traditionnelle.

L’Hirondelle (LHRD) : Quelle est la genèse du projet sur la Chefferie traditionnelle en République centrafricaine ?

DSA : Depuis la crise que notre pays a connue, le Gouvernement post-Transition, issu de la voie des urnes, a cherché par tous les moyens à stabiliser le pays. Dans le cadre de la restauration de l’autorité de l’Etat, il est prévu de nombreuses stratégies, parmi lesquelles : la redynamisation de la Chefferie traditionnelle.

LHRD : Quelle est la différence entre le Chef moderne et le Chef traditionnel ?

DSA : Il faut faire la différence entre Chef moderne et Chef traditionnel en ce que le Chef traditionnel est plus un leader communautaire (il a une autorité sur ses sujets), il est un conciliateur, un médiateur. Tandis que le Chef moderne (de quartier), représente l’Etat et est un auxiliaire en matière de sécurité.  Les Chefs modernes sont donc les Chefs de quartier, de village (ils relèvent de l’autorité des Maires. Ces Chefs modernes sont issus des élections pour une période de 10 ans. Quant au Chef traditionnel, leur mode d’accession se fait par voie dynastique. Le champ d’action du Chef traditionnel repose sur la notion de terroir à la différence du Chef moderne  qui a une compétence territoriale, bien définie par les textes.

LHRD : Quels sont les enjeux de la Chefferie traditionnelle ?

DSA : La Chefferie traditionnelle a souvent joué un rôle important dans le cadre du dialogue entre les communautés et de la promotion de la paix. En effet, les Chefs traditionnels sont les messagers de la paix, sur lesquels les Autorités politiques doivent beaucoup compter pour instaurer l’unité du pays et la sécurité qui sont des gages de développement. Quand on parle de Chefferie traditionnelle, on fait allusion au Sultan (Sultan de Rafaï, Sultan Senoussi de Ndélé, le Roi de Bangoussou qui aujourd’hui serait Monsieur MBRENGA TAKAMA, et enfin les Lamidos tels que celui de Bouar, le Conseiller à la Présidence ISSA-BI). Ce sont là de grands messagers de paix pour un pays comme le nôtre qui vient de sortir de la crise. Nous avons besoin de ces messagers. Compte tenu de leur importance, la Constitution de la RCA a reconnu leur existence. Cependant afin d’éviter qu’il y ait des conflits de compétences entre les Chefs modernes et les Chefs traditionnels, il faut créer un cadre juridique approprié. C’est pourquoi il y a peu, le Ministère en charge de l’Administration du Territoire a soumis à l’étude cette question devant être déclinée plus tard en textes juridiques.

LHRD : Quels sont les obstacles à la mise en place d’un cadre juridique de la Chefferie tradtionnelle ?

DSA : Notre Constitution considère que la personne humaine est sacrée et ne reconnaît pas la notion de sujet. Elle met tout le monde sur un même pied d’égalité devant la loi. Accepter la notion de Chefferie traditionnelle risquerait d’aller en violation de cette Constitution si le cadre juridique et les compétences des Chefs traditionnels ne sont pas bien clarifiés. C’est ainsi que le Ministre Jean-Serge BOKASSA en charge de l’Administration du Territoire, ne s’opposant pas à l’existence des Chefferies traditionnelles, souhaiterait approfondir davantage l’étude et  parvenir in fine à un consensus avant l’instauration du texte y afférent. Pour cela, il faudrait l’implication du Gouvernement, des Elus de la Nation, de la Presse et de toutes les organisations de la Société civile afin de clarifier la situation et voir ce que le pays aura à gagner en termes d’impact en cas de renaissance  de la Chefferie. La renaissance de la Chefferie traditionnelle aura un coût pour l’Etat (car il faut entretenir ces Chefs traditionnels) mais aussi un coût quant au fonctionnement de la plate-forme de la Chefferie traditionnelle.

Interview réalisée par Isabelle KESSEL



SOURCE JOURNAL "L'HIRONDELLE"

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