LEONIDAS
Hégémon »
fut la désignation, dans le monde hellène, du « commandement suprême » et d'une
domination consentie. L'élément primordial d'une hégémonie historique est sa
suprématie militaire, le « sine qua none » de son affirmation et de sa durée.
Cette suprématie a deux fonctions : dissuader et contraindre. La force
militaire qui lui est consubstantielle doit être écrasante, soit pour
décourager un rival ou une coalition de rivaux, soit pour les vaincre et les
punir en cas d'échec de la dissuasion, en cas de menace imminente ou en
situation d'affrontement inévitable.
La supériorité militaire doit se traduire en une
vision régionalisée de la sécurité et donc en une géopolitique d'alliances ou
de coalitions (Serge SUR), appuyées sur des bases militaires, mobilisables en
cas de besoin. Toute régionalisation de la sécurité ne doit pas contredire à la
logique des équilibres mondiaux, ni à la défense stratégique et territoriale
d'Hegemon. La vision régionalisée de la sécurité est assurée aujourd'hui : par
une diplomatie totale et par une série d'outils comme les institutions
supranationales ou universelles de sécurité (ONU, OSCE, UEA, OCS, etc) ou par
des instances de coopération multinationales (Banque Mondiale, Fonds Monétaire
international, OIC), par la transformation de la puissance matérielle ou
classique en puissance immatérielle et globale et, par conséquent, par
l'intelligence et le Linkage vertical et horizontal qui constituent des
transformations structurelles de l'hégémonie, par l'importance acquise par le «
soft power » comme producteur de « sens » et comme facteur d'unification des
valeurs et des pratiques sociales innovantes ( l'éducation, la science et la
culture). On l’a bien compris c’est la puissance militaire qui empêche les
autorités centrafricaines d’affirmer à l’heure actuelle leur leadership. La
régionalisation de la sécurité incarnée en RCA par la MINUSCA contredit en effet la logique de la défense
stratégique et territoriale centrafricaine, puisque la force onusienne au lieu
de stabiliser la situation, contribue à entretenir la confusion et le chaos
ambiants. Ensuite, le leadership est
la variante politique, césariste ou managériale d'une hégémonie, au sein de
laquelle il s'incarne en une dimension oligarchique et subjective, mobilise le
potentiel et le convertit en pouvoir extérieur. Son fer de lance est constitué
par la vision large de la situation, par la capacité d'anticipation et d'invention,
la saisie des occasions et la manœuvre, dictée par la culture opératoire d'une
élite. Le leadership se définit également par la maîtrise des réformes
organisationnelles, institutionnelles ou sociétales et par la souplesse
d'adaptation permanente au monde. Le leadership est par ailleurs l'activateur
d'une vision et d'un renouveau, bref d'une renaissance et d'une solidarité
collective. L'hégémonie exprime une évidence dynamique objective, incontestable
et universelle et constitue le socle du leadership. Ce dernier en suggère et
élabore le mouvement et l'action, la prééminence et la hiérarchie Le leadership,
c’est aussi la projection vers l'extérieur d'une ambition personnelle ou d’un
groupe tendanciellement individualiste et anti-égalitariste. Sa raison d'être
est l'arbitrage, son horizon des objectifs larges, sa force entraînante la
capacité de mobilisation, sa finalité la confiance interne et internationale,
son but ultime le succès. Quant à la théorie du « soft power » élaborée il y a
une vingtaine d'années par le Professeur Joseph NYE de l'Université de Harvard,
il se résume à la capacité de convaincre les différents acteurs du système à
faire ce que le détenteur de ce pouvoir voudrait qu'il fasse. A la différence
des autres formes de pouvoir, économique ou militaire, ce pouvoir est
chancelant et conjoncturel. Dans ce
système de légitimité fondé sur la culture ou sur le ralliement à un « modèle
de vie », la force de l'hégémonie se mesure à la créativité d'une société et à
sa capacité à formuler des propositions de compromis vis-à-vis d'autres forces
sociales et d'autres unités politiques. Elle apparaît ainsi comme « Soft Power
». En définitive et à défaut de disposer d’une armée conventionnelle classique
et d’une force onusienne impotente, le Président centrafricain se doit
d’explorer d’autres pistes pour stabiliser son pays. On peut évoquer le ciblage
chirurgical des éléments qui « posent problème » en terre
centrafricaine à l’instar de Nouredine ADAM, Abdoulaye HISSENE, Ali DARAS, AL
KATIM, SIDIKI et leurs acolytes interlopes. En d’autres termes l’élimination
physique des terroristes précités. TOUADERA doit faire de l’Art de la guerre du chinois SU ZOU son livre de chevet.
Même sans armée conventionnelle mais avec de bons experts et conseillers
militaires, et un renseignement de terrain de haut vol, l’hydre djihadiste qui
s’est invité en République centrafricaine pourra être rapidement éradiquée. Le
Chef de l’Etat doit donc s’entourer d’experts internationaux reconnus dans la
stratégie anti-terroriste et qui peuvent l’aider à peser auprès des leaders de
ce monde. Le Président de la République doit s’affranchir durablement de la
force onusienne pour se réapproprier son leadership et en imposer aux
mercenaires avec qui il ne sera plus question de dialoguer et être respecté de
ses voisins tels que le Tchad, le Soudan qui n’auront plus de velléité à
déstabiliser la RCA. Tout est une question de stratégie et c’est sur le terrain
que se joue le futur de la sécurisation de la Centrafrique. Néanmoins la capacité
du Président centrafricain à initier des démarches diplomatiques à un haut
niveau décisionnel contribuera aussi à créer un soft power centrafricain, par
le biais d’une diplomatie visionnaire, inventive et agissante.
Isabelle KESSEL
SOURCE JOURNAL "L'HIRONDELLE"

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