Pour le Représentant du FMI en RCA, il est primordial de continuer à faire appel aux dons et de limiter les emprunts, compte tenu du risque élevé de surendettement


À l’issue des délibérations du Conseil d’administration en décembre 2017, M. Mitsuhiro Furusawa, Directeur général adjoint du FMI et Président par intérim, a fait la déclaration suivante concernant la République centrafricaine : « Les résultats enregistrés dans le cadre du programme appuyé par la FEC ont été satisfaisants en dépit d’un climat sécuritaire délicat et des conditions humanitaires difficiles. Les autorités ont mis en œuvre leur programme de réformes en s’efforçant par ailleurs de rétablir progressivement la sécurité dans d’autres centres urbains afin de créer des espaces de stabilité, de reconstruction et de croissance. » Le Représentant du FMI en République centrafricaine, Monsieur Olivier BENON a bien voulu recevoir l’Hirondelle pour nous édifier sur les implications de la 3ème revue du Conseil d’Administration du FMI. Entretien.
L’Hirondelle (LHRD) : Pouvez-vous nous préciser les implications de la 3ème revue du Conseil d’Administration du FMI en République centrafricaine ?
Olivier BENON (OB) : Le Conseil d’administration du FMI a en effet achevé la troisième revue de l’accord conclu avec la République centrafricaine au titre de la facilité élargie de crédit (FEC), et a approuvé un décaissement de 40,2 millions de dollars et un relèvement du niveau d’accès de 55,1 millions de dollars.Par ailleurs, pour rétablir  la cohésion sociale et la croissance économique, conformément aux objectifs des autorités, il faut rétablir progressivement l’autorité de l’État et mettre rapidement en œuvre le Plan national de relèvement et de consolidation de la paix. Le maintien et l’accélération des efforts de mobilisation des recettes et le renforcement de la transparence budgétaire permettront de dégager la marge de manœuvre budgétaire pour financer les dépenses sociales et les dépenses de développement.  Ensuite, le Conseil d’administration a également approuvé une demande de relèvement du niveau d’accès aux ressources prévu par l’accord FEC d’un montant de 38,99 millions de droits de tirage spéciaux  (DTS) (environ 55,1 millions de dollars). Cette augmentation couvrira les considérables besoins de balance des paiements dans le cadre de la stratégie nationale de relèvement et de consolidation de la paix et appuiera la cohésion sociale et la croissance économique et le plan du gouvernement en vue de la réduction de la dette intérieure. Suite au relèvement du niveau d’accès lors du Conseil de décembre 2017, le montant total de financement s’élève à 133,68 millions de DTS (environ 189,0 millions de dollars, ou 120 % de la quote-part du pays au FMI). Ainsi, entre juillet 2016 et décembre 2017 la contribution financière du FMI est passée de 120 millions de dollars à prés de 190 millions de dollars soit une augmentation de près de 60%. L’augmentation va s’étaler de décembre 2017 à juin  2019. Les autorités centrafricaines ont demandé une augmentation de cette contribution compte tenu  du fait qu’elles ont identifié des besoins financiers supplémentaires  pour la mise en œuvre de leur programme économique, dont le plan d’apurement des arriérés pour favoriser la cohésion sociale, des investissements sociaux tels que les centres de santé et lesécoles et des investissements nécessaires afin  de permettre le redéploiement de l’Administration.
Tous les critères de réalisation quantitatifs et objectifs indicatifs sous tendant la 3éme revue ont été observés, à l’exception de l’objectif de recettes intérieures, à l’égard duquel les autorités ont entrepris d’adopter des mesures correctives et pour lequel une dérogation pour non observation a été accordée par le Conseil. La politique budgétaire suit globalement les objectifs fixés.
LHRD : Vous pensez que l’Etat centrafricain doive prévoir une augmentation des dépenses sociales et des investissements. Par quels moyens ?
OB : Il convient en effet de prévoir une augmentation des dépenses sociales et des investissements à caractère sociaux. Afin de pouvoir contribuer à cette augmentation, il sera essentiel de redoubler d’efforts dans la mobilisation de recettes intérieures, qui restent faibles. Compte tenu du risque élevé de surendettement que connaît le pays, il est primordial de continuer à faire appel aux dons et de limiter les emprunts, même à des conditions fortement concessionnelles. L’assistance financière disponible doit être efficacement mise au service de projets prioritaires capables de doper la croissance économique, de créer des emplois et de réduire la pauvreté. La solide mise en œuvre du programme d’investissement et du Plan national de relèvement et de consolidation de la paix permettra de doper la croissance et d’élargir les perspectives économiques.
LHRD : Qu’en est-il des réformes structurelles ?
OB : Toutes les réformes structurelles prévues à l’échéance de la 3éme revue ont été mises en œuvre, certes avec quelques retards. Ces dernières ont avancé, contribuant ainsi au renforcement du compte unique du Trésor, à la rationalisation progressive de la parafiscalité, à l’amélioration de la transparence budgétaire et à la traçabilité des recettes intérieures. La publication trimestrielle des rapports d’exécution budgétaire permet d’assurer un meilleur suivi des dépenses publiques. Il convient de poursuivre les efforts en vue de réduire davantage les procédures de paiement exceptionnelles des dépenses publiques pour assurer leur traçabilité et la redevabilité.
LHRD :Qu’en est-il de l’apurement des arriérés de l’Etat ?
OB : Le gouvernement a adopté une vaste stratégie d’apurement des arriérés intérieurs. Le remboursement des arriérés intérieurs contribuera à la cohésion sociale et à la croissance, renforcera la crédibilité de l’État et insufflera une nouvelle vigueur au secteur bancaire. Le plan prévoitl’l'apurement des arriérés intérieurs d’ici 2020.
LHRD :Concernant la décision du Gouvernement chinois d’annuler une partie de la dette extérieure de la RCA, qu’en pensez-vous ?
OB : La récente décision du Gouvernement chinois à cet égard à hauteur de 17 millions de dollars US est une bonne chose, car elle contribue au désendettement du pays et de facto à l’apurement de la dette extérieure. Cette décision appuie les efforts du  Gouvernement en vue du désendettement et d’assurer la viabilité de la dette. .  Une plus grande mobilisation des recettes internes contribuera également à ces objectifs. Ainsi, le Conseil d’Administration du FMI a fortement encouragé les autorités à  accroitre les recettes fiscales. Plusieurs mesures introduites dans le cadrede la loi de finances pour 2018, dont l’augmentation des droits d’assises sur les boissons alcoolisées et le tabac que supportent les consommateurs vont dans ce sens. 

LHRD : Pensez-vous que le Forum des Investisseurs était une bonne initiative ?

OB : Effectivement, c’était une bonne idée que d’organiser ce Forum. Le FMI en sa qualité de partenaire, a salué cette initiative qui a permis au Gouvernement de mobiliser des investisseurs internationaux, régionaux et nous avons pu noter la présence du secteur privé centrafricain, ce qui est évidemment unfacteur d’optimisme pour le développement et la croissance économique. En effet, ceci démontre l’intérêt du secteur privé pour le potentiel de la République centrafricaine, sinon tous ces investisseurs ne seraient pas venus en grand nombre. Cela doit inciter le Gouvernement de poursuivre et accélérer les réformes en cours pour l’amélioration du climat des affaires, qui à ce jour, reste insuffisamment attractif. Si l’on se réfère notamment au classement du pays dans le Doing Business, la République centrafricaine est classée 186ème sur 190 pays pour l’année 2017. L’adoption du projet de loi portant Charte des Investissements (projet actuellement à l’Assemblée nationale) contribuera sans aucun doute à cette amélioration.

LHRD : Que faut-il faire pour que ce Forum se concrétise ?

OB : Améliorer le climat des affaires, c’est aussi faciliter les démarches des entreprises et simplifier leurs obligations. Beaucoup de pistes peuvent être exploitées en centrafrique. Je prends l’exemple de la complexité des procédures de déclaration et de paiement des impôts et taxes qui obligent les entreprises à se déplacer plusieurs fois dans différents services à chaque échéance. La simplification de ces procédures et la mise en place de moyens modernes de paiement telles les téléprocédures qui existent dans les pays voisins permettraient d’améliorer sensiblement la situation.En sus de son appui financier, le Fonds Monétaire International reste à la disposition des autorités centrafricaines pour fournir son assistance technique et ses conseils afin de contribuer à la modernisation des administrations financières.

Interview réalisée par Isabelle KESSEL

SOURCE JOURNAL "L'HIRONDELLE"

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